Il y a quelques jours, j’ai reçu un message pour le moins différent de ceux que je reçois habituellement. Je vous invite donc à lire le mot en question, suivi de ma réponse. Pour préserver son anonymat, je nommerai cette personne “Madame X”. Vos commentaires sur le sujet seraient bienvenus!

Madame X a écrit:

“Bonjour,
J’vous ai vu à musique plus…votre groupe j’le trouve formidable mais je ne voit pas l’interêt si c’est pour tjs
avantager les mêmes. J’suis convaincu qu’il y aurait pleins d’autres filles qui aimeraient avoir l’oportunité de participer a vos activités, voyages… a t’on vrmt besoin d’être une poule de luxe avec pleins de sponsors pour se voir récompensé. J’trouve sa moche que ce soit tjs les mêmes qu’on voit partout.

Fin de la communication 10-4

J’ai répondu:

“Salut Madame X!
As-tu 5 minutes? Parce que ma réponse est longue mais si tu prends le temps de bien la lire, je crois que tu comprendras mieux “l’intérêt” comme tu me l’as écrit.

Je suis vraiment ouverte aux commentaires et aux critiques en ce qui concerne l’ensemble des skirtboarders. Par contre, je crois que dans ce cas-ci, l’utilisation du terme “poule de luxe” n’est pas une critique constructive. Je m’explique.

À la base de toute chose, ce qu’il faut savoir, c’est que “Skirtboarders” est un crew. Un crew, c’est une bande, une gang, une clique quoi! Une clique, c’est un groupe d’amis qui se réuni pour avoir du plaisir ensemble. Ceci conclu donc la définition large du mot “Skirtboarders”.

Ensuite, je me présente. Je m’appelle Mathilde, j’ai 27 ans et je skate depuis que j’ai 16 ans. J’ai commencé avec mon frère et mes amis, en 1996. Remarque bien qu’au mot amis, je n’ai pas mis de “e” à la fin. Pourquoi? Parce qu’il n’existait tout simplement pas “d’amies skateuses” à cette époque; j’étais une “tomboy”. J’aurais pu abandonner, me décourager ou simplement m’assoir et regarder le temps passer comme beaucoup d’autres l’ont fait! Mais malgré la quasi-inexistence de modèles féminins et le peu d’encouragements obtenu, la motivation était toujours au rendez-vous. Puis, s’en suivit la rencontre de quelques autres filles avec qui j’ai enfin pu partager des “sessions de skate” tout en affirmant ma féminité. Malgré que ça puisse sonner superficiel, le fait d’entendre “sont donc ben belles tes boucles d’oreilles, oussé que tu les as achetées?” entre deux olies, ça fait vraiment du bien! Ces filles là sont devenues des amies chères et leur présence m’a inspirée au point de créer un site web, acheter une caméra pour les filmer et écrire à leur sujet (la section filles d’Exposé Magazine). Fin de mon historique personnelle.

Parlant d’Exposé Magazine, avais-tu lu l’article “où sont nos québécoises”? C’était dans le numéro 3, il y a maintenant quelques années… Je l’avais écrit dans le but précis de recenser toutes les skateuses québécoises et d’ainsi faire de nouvelles rencontres. Quelques unes avaient répondu à l’appel dont Éloïse Théorêt. Elle fait maintenant partie des skirtboarders pour la simple et bonne raison qu’elle est ainsi devenue notre amie. Catherine et Stéphanie Boudreau, de Roberval, que nous sommes allées visiter l’année suivante lors d’un roadtrip estival. Stéphanie Bouchard, de Québec, avec qui nous sommes régulièrement en contact et qui se présente chaque fois qu’un évènement s’organise… N’est-ce pas merveilleux?

Au contraire de ce que tu sembles penser, nous nous sommes chacune à notre manière frayé un chemin, seule et sans commanditaires ni adulation! Notre crew est consisté de 3 générations de skateuses qui s’encouragent et se respectent mutuellement malgré leur différence d’âge, leur niveau d’aptitude, leur orientation sexuelle et leur personnalité distincte. Oui, aujourd’hui les médias parlent de nous. Pourquoi? Parce qu’en groupe, nous représentons un phénomène grandissant (et non un cercle fermé). Comment on finance tout ça? En travaillant très fort (ça ne tombe pas du ciel des commandites!) Notre but? “Rencontrer des poulettes à roulettes du monde entier! Si vous passez par Montréal, faites nous signe, on se fera un plaisir de vous accueillir! ” (tiré tout droit de notre My Space)

Moi aussi je suis convaincue “qu’il y aurait pleins d’autres filles qui aimeraient avoir l’opportunité de participer à nos activités, voyages”… Et cette conviction me pousse à travailler très fort depuis plusieurs années pour pouvoir aider, financer, informer et faire participer le plus grand nombre de filles possible! Mais les filles sont timides à ce que j’ai pu constater parce que très peu d’entre-elles donnent signe de vie. Si c’était le cas, notre crew serait encore plus grand!

Sur ce, je vais aller dormir après une autre très longue journée de travail.

Si tu me donnes la permission, j’aimerais publier ton message, suivit de ma réponse. Pas pour te niaiser, pas pour te dénigrer, ni pour me remonter. Seulement pour expliquer ce que je suis, ce que nous sommes à d’autres personnes qui comme toi, m’ont écrit aujourd’hui pour me faire part de leurs commentaires. Ta lettre resterait anonyme, promis!

Je te remercie pour ton commentaire, malgré tout!”

Alors, qu’en pensez-vous??